La présentation du Rapport de transition de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement à Belgrade la semaine dernière véhiculait un message discret mais sans équivoque : les institutions comptent, mais leur déclin s'accélère plus vite que les décideurs politiques ne peuvent les réparer. Les archives de la Banque des règlements internationaux montrent que Dr Jorgovanka Tabaković, Gouverneure de la Banque nationale de Serbie, a articulé une vision de résilience institutionnelle au moment où l'architecture bancaire du sud-est européen se fracture sous le poids des infrastructures héritées, de la fragmentation géopolitique et de la marche inexorable de la finance numérique.
Le cadre proposé par la BERD—« Brave old world »—n'est pas rassurant. Il signale une reconnaissance du fait que l'édifice institutionnel construit lors de la reconstruction d'après-Guerre froide est devenu fragile. Pour la Serbie en particulier, le défi est aigu. La Banque nationale de Serbie opère avec un double mandat : stabiliser une devise dépourvue de crédibilité de parité fixe, gérer la concentration du secteur bancaire qui s'est aggravée depuis 2008, et naviguer dans un écosystème de paiement qui demeure fondamentalement dépendant des relations de correspondance avec la zone Euro et des rails SWIFT hérités. Parallèlement, le système bancaire régional fait face à ce que les analystes de l'Autorité bancaire européenne décrivent comme une « dépréciation technologique »—un écart croissant entre la sophistication opérationnelle des grandes banques d'Europe occidentale et la capacité de traitement des institutions balkaniques qui exploitent toujours des systèmes centraux vieux de vingt ans.
Cette friction n'est pas purement technique. Elle est structurelle. Le secteur bancaire serbe—dominé par les filiales étrangères d'UniCredit, d'Intesa Sanpaolo, de Raiffeisen et d'autres groupes d'Europe centrale—opère dans un périmètre réglementaire défini par la Banque nationale de Serbie elle-même. Pourtant, la capacité d'élaboration des politiques n'a pas suivi le rythme de la complexité des flux de capitaux transfrontaliers ni l'émergence d'écosystèmes financiers parallèles. Les infrastructures de paiement, en particulier les rails de compensation en temps réel nécessaires pour rivaliser avec Wise, Revolut et autres entrants fintech sans frontières, restent fragmentées entre les corridors SWIFT hérités et les arrangements bilatéraux. La capacité de la banque centrale à appliquer la politique monétaire ou à gérer le risque systémique est donc limitée par une infrastructure qu'elle ne possède pas et qu'elle ne peut progressivement plus contrôler—un piège de gouvernance qui ravage une grande partie de la région post-transition.
L'implication BaaS : l'infrastructure comme souveraineté
Pour les lecteurs de Codego Press, l'implication est directe : l'expérience serbe constitue une étude de cas démontrant pourquoi l'infrastructure moderne de Banking-as-a-Service importe non seulement aux fintechs mais aux banques centrales elles-mêmes. Lorsqu'une autorité monétaire ne peut moderniser ses rails de paiement domestiques sans consentir à d'énormes dépenses budgétaires ou à des projets de consortiums dirigés par l'étranger, elle cède de facto le contrôle de l'inclusion financière à des plateformes privées opérant hors de sa juridiction. Le Rapport de transition de la BERD identifie ce risque explicitement—le cadre « brave old world » est un code pour les institutions trop fragiles pour être réformées de l'intérieur, mais trop enracinées pour être déplacées de l'extérieur.
Le discours de Tabaković, tel que reflété dans les archives de la BIS, souligne la continuité et la stabilité institutionnelle à un moment où l'infrastructure bancaire de la région connaît une différenciation rapide. Les nations des Balkans occidentaux poursuivant l'adhésion à l'UE doivent harmoniser leurs systèmes financiers avec les normes de la Banque centrale européenne, les exigences PSD2 et la réglementation émergente des actifs numériques—tout en préservant l'autonomie monétaire domestique et en gérant les flux de capitaux dans des devises (Dinar, Couronne tchèque, Forint) dépourvues des amortisseurs de liquidités de l'Euro. Ce n'est pas un problème technique. C'est un problème d'économie politique. Et il n'est soluble que si la capacité réglementaire est reconstruite parallèlement à l'investissement dans les infrastructures.
La Banque nationale de Serbie a récemment entrepris des initiatives pour moderniser les systèmes de règlement interbancaires, notamment l'exploration d'une architecture de règlement brut en temps réel (RTGS) alignée sur les principes SEPA. Cependant, ces efforts restent graduels—ils manquent de coordination avec les pairs régionaux qui amplifieraient leur effet, et ils opèrent sous une contrainte budgétaire qui limite l'investissement dans les talents informatiques et la profondeur de gouvernance requise pour une exploitation durable. Par contraste, les plateformes natives fintech et les fournisseurs BaaS consolident rapidement leur part de marché dans les paiements marchands, les transferts de fonds et les règlements transfrontaliers précisément parce qu'ils ont investi dès l'origine dans des modèles de gouvernance axés sur les infrastructures.
L'insight plus profond : la banque centrale serbe et, par extension, les États membres de la BERD au sens large, font face à un choix binaire. Soit ils lancent un programme coordonné de plusieurs années pour remplacer les infrastructures de paiement héritées par des normes modernes, modulaires et ouvertes—compatibles à la fois avec l'intégration européenne et les futurs cadres d'actifs numériques—soit ils acceptent un scénario dans lequel l'intermédiation financière migre progressivement vers des plateformes qu'ils ne possèdent ni ne régulent. Le « brave old world » que la BERD reconnaît est précisément ce piège : des institutions trop onéreuses à abandonner, trop obsolètes pour être compétitives, et trop politiquement fragiles pour être réformées.
Le rôle de Tabaković n'est donc pas simplement de défendre le dinar ou de gérer l'inflation. C'est d'architecturer un parcours de transition qui préserve l'autorité de la banque centrale à une époque où les rails de paiement deviennent le vecteur primaire de la transmission de la politique monétaire. C'est une tâche qui exige non seulement du courage mais une clarté infrastrucruelle—quelque chose qui reste conspicuement absent des discussions politiques dans toute la région. Jusqu'à ce que la Serbie et ses pairs investissent dans des rails de paiement modernes et interopérables comme un bien public plutôt qu'un actif propriétaire, leurs institutions monétaires continueront d'opérer dans le « brave old world »—toujours plus braves, et progressivement plus seules.
Écrit par l'éditeur de Codego Press—journalisme bancaire et fintech indépendant alimenté par Codego, prestataire d'infrastructure bancaire européenne depuis 2012.
Sources : Banque des règlements internationaux · 28 avril 2026